Journal · Prise de position

450 artistes ont signé contre l'IA. Je n'ai pas signé.

Et pourtant je mixe depuis 20 ans. Je ne parle pas depuis le bar. Je parle depuis la cabine.

22 juin 2026 Le Singe · MFDY 4 min

Jean-Michel Jarre. Jean-Louis Aubert. Vitalic. Les Eurockéennes. 450 noms au bas d'une tribune dans Libération, contre l'IA générative dans la musique.

Il y a là-dedans des gens que j'écoute depuis que je suis gamin. Des gens que je respecte. Et je n'ai pas signé.

Pas parce que je m'en fous. Parce que je suis dedans, des deux côtés. Je mixe depuis 20 ans, et j'ai les mains dans l'IA tous les jours. Donc je ne balance pas un avis entre deux bières. Je parle de l'intérieur.

La peur est réelle. La cible est fausse.

À chaque fois qu'une machine est entrée dans la musique, la même phrase est revenue : "ça, c'est pas de la vraie musique."

On l'a dit du synthé. De la boîte à rythmes. Du sampler. Des platines, oui, de mon instrument à moi. "Appuyer sur play, c'est pas jouer."

La French Touch, celle qu'une partie des signataires incarne, est née exactement là. Sur des machines que les puristes de l'époque trouvaient froides, mortes, fausses. Daft Punk a samplé, bouclé, mis des casques de robots, et s'est fait traiter de tricheur avant de devenir patrimoine national.

Alors quand je vois cette génération signer contre la machine suivante, je ne vois pas des gardiens du temple. Je vois des disrupteurs qui ont oublié qu'ils ont été le danger, un jour.

On se trompe de combat

Le vrai problème de la musique aujourd'hui, ce n'est pas qu'une IA peut générer un track.

C'est qu'un artiste touche des fractions de centime par écoute. Que des plateformes décident seules de qui existe et qui disparaît. Que l'attention vaut plus que l'œuvre. Ça, c'est le système qui essore les musiciens, et il était là bien avant l'IA.

Mettre 450 signatures contre l'outil plutôt que contre le système, c'est gueuler sur le marteau pendant que la maison brûle.

Je préfère être dans la cabine

J'ai fait mon choix il y a longtemps, et il n'a pas changé. Je préfère prendre l'outil, le retourner dans tous les sens, voir ce qu'il sait faire que je ne sais pas, et m'en servir pour aller là où je n'aurais pas pu aller seul. Plutôt que de l'attendre dehors avec une pancarte.

L'IA ne remplacera pas un mec qui sait lire une salle à 3h du matin. Elle ne remplacera pas une intention, un vécu, une cicatrice qu'on met dans un morceau. Mais elle peut être une machine de plus dans le studio. Comme toutes les autres avant elle.

Le seul combat que je signe

Qu'on me comprenne bien. Il y a une vraie bataille à mener, et celle-là, je signe des deux mains. Le droit des artistes sur ce qui a servi à entraîner ces modèles. Le consentement. Une rémunération juste quand une œuvre nourrit une machine. Ça, c'est sérieux, c'est urgent, et ça mérite 450 signatures et beaucoup plus.

Mais signer contre l'outil lui-même ? C'est l'Histoire qui bégaie. Et l'Histoire n'a jamais donné raison à ceux qui ont voulu arrêter une machine.

Moi, je suis Le Singe. Je préfère apprendre à m'en servir.

Et toi, t'es plutôt dans la cabine, ou au bar à expliquer que c'était mieux avant ?
Le Singe · aka MFDY, aka Mr Freddy. DJ depuis 2005, deep house & melodic techno. Lyon.
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